Deuil
9 min

Les étapes du deuil : la colère

Par

Marie


Mis à jour le

1 octobre 2026

Ressentir de la colère après un décès peut surprendre, voire inquiéter. Cette réaction est le plus souvent associée à la tristesse, au vide laissé par l’absence. Plus rarement à cette montée d’irritation ou de révolte qui naît parfois sans prévenir et culpabilise la personne. Pourtant, cette étape dite « de la colère » fait partie intégrante du travail de deuil. Elle ne traduit ni un manque d’amour envers le défunt, ni un défaut de caractère. Elle est le signe d’une douleur, une forme d’expression plus vive que le simple chagrin.

Chaque personne traverse son deuil à sa manière, à son propre rythme et avec sa propre sensibilité. Il n’existe ni chronologie imposée, ni intensité « normale » à respecter. Pourquoi ressentons-nous de la colère après le décès d’un proche ? Comment cette émotion se manifeste-t-elle ? Et surtout, comment l’appréhender sans s’y perdre ou se juger ? Nous voulons aborder le sujet du deuil et de ses étapes afin de vous aider – confronté vous-même à cette situation ou aidant un proche. Nous vous proposons des informations et des repères concrets pour mieux comprendre ce sentiment de colère.

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La colère, une émotion naturelle du deuil

La colère ne se manifeste pas chez tout le monde de la même manière, mais elle fait souvent partie du processus de deuil. Elle s’associe à la tristesse, au vide, à la culpabilité ou à d’autres émotions parfois éprouvantes. C’est une réaction humaine face à une situation perçue comme injuste ou incompréhensible, qui apparaît notamment lorsque le décès semble impossible à accepter. Certains ressentent une irritabilité diffuse sans comprendre immédiatement qu’elle est liée au deuil. D’autres traversent des moments de révolte suivis de périodes plus calmes. Il n’existe pas de chronologie universelle. Dans tous les cas, cette colère ne doit jamais être interprétée comme un manque d’amour ou de respect envers le défunt. Selon les travaux de la psychiatre Élisabeth Kübler-Ross, elle est souvent décrite comme l’une des étapes du deuil, aux côtés du déni, du marchandage ou de la dépression.

Pourquoi ressentir de la colère après un décès ?

La colère est une réponse au choc émotionnel provoqué par l’annonce du décès d’un proche. Elle apparaît parfois comme une tentative de votre esprit de donner un sens à quelque chose d’insupportable ou d’incompréhensible : vous cherchez naturellement des causes, des explications, une logique. Mais quand aucune réponse ne soulage réellement cette douleur, la frustration et l’impuissance peuvent se transformer en colère — une colère qui permet, finalement, d’exprimer ce profond chagrin.

Un sentiment d’injustice difficile à accepter

Le sentiment d’injustice est l’une des réactions les plus déstabilisantes du deuil, en particulier quand la mort vous paraît contraire à l’ordre naturel des choses : un décès brutal, un suicide, un accident ou la disparition d’un enfant. Se mêlent alors des pensées comme « ce n’est pas juste », « cela n’aurait pas dû arriver », « pourquoi lui, pourquoi elle ? ». Ces mots traduisent un affrontement intérieur entre ce que vous savez rationnellement et ce que vous ressentez profondément.

Ce sentiment surgit souvent lorsque le décès vient briser des repères fondamentaux. Quand la cohérence s’effondre, votre esprit cherche une explication capable de rendre l’événement supportable. Mais certaines pertes résistent à toute tentative de sens, et c’est là que peut naître une révolte intérieure. Cette injustice ressentie peut aussi tenir à tout ce qui n’a pas pu avoir lieu : des projets interrompus, des mots jamais dits, une relation inachevée, des moments futurs imaginés puis brutalement supprimés.

Pour beaucoup, il existe aussi une tension entre l’acceptation « raisonnée » et l’acceptation émotionnelle. Vous pouvez savoir, matériellement, que le décès est réel ; et ressentir, au fond de vous, que c’est impossible. Ce n’est pas le temps qui apporte une justification à la perte, mais celui qui vous permet, peu à peu, d’apprendre à vivre avec cette réalité.

Une colère contre soi ou autrui

La colère dans le deuil peut se diriger vers différentes personnes, y compris vous-même. Contre vous, elle s’exprime souvent à travers des regrets, des remords ou des pensées répétitives comme « j’aurais dû être là » ou « si j’avais agi autrement ». Votre esprit cherche à reconstruire les événements pour trouver un sentiment de contrôle. Cette colère contre vous-même est souvent étroitement liée à la culpabilité.

Elle peut aussi se diriger contre une tierce personne : un proche jugé absent ou maladroit, le professionnel de santé lorsque le décès est associé à un sentiment d’erreur ou de prise en charge insuffisante, l’employeur... Dans ces moments-là, il est question de cherche un responsable, une explication rationnelle à ce qui n’en a pas.

Parfois, la colère se retourne contre le défunt lui-même : lui en vouloir d’être parti, d’avoir pris des risques, de ne pas avoir demandé de l’aide. C’est légitime et naturel, même si cette émotion provoque souvent de la honte ou un malaise, tant elle semble incompatible avec l’amour porté à la personne. C’est de la colère face à la souffrance que son absence provoque.

Ces différents ressentis ne sont ni parfaitement stables ni rationnels. Ils peuvent évoluer, se déplacer d’une cible à une autre, ou apparaître par vagues.

Une étape du deuil délicate à vivre pour les proches

Cette phase n’est pas seulement éprouvante pour vous, elle bouscule aussi votre entourage. Au sein de la famille, certains expriment facilement leurs émotions quand d’autres préfèrent se taire ou « tenir ». Ces décalages peuvent créer des incompréhensions, parfois des tensions. Or cette colère masque le plus souvent une souffrance qui peine à trouver d’autres mots. Être écouté sans être immédiatement corrigé ou jugé suffit déjà, dans bien des cas, à apaiser la situation. Et lorsque cela dépasse ce que vos proches peuvent porter, des professionnels peuvent prendre le relais.

Comment se manifeste la colère dans le deuil ?

Comme évoqué précédemment, la colère dans le deuil ne suit ni schéma linéaire ni règle universelle. Certaines situations la déclenchent plus que d’autres, et elle ne se manifeste pas forcément en continu. Elle peut rester discrète, pendant des semaines, puis resurgir sans prévenir. Elle peut aussi prendre des formes variées : une irritabilité inhabituelle, une agressivité pouvant surprendre, une impatience permanente, des réactions disproportionnées face à des situations pourtant banales. Vous sentir plus susceptible ou plus fatigué qu’à l’ordinaire est souvent le premier signe que ce travail de deuil est à l’œuvre. Les situations où cette colère apparaît le plus fréquemment.

À l’annonce du décès

Selon les circonstances, l’information du décès est souvent un moment de sidération, pouvant provoquer un choc émotionnel fort. Les premières réactions sont alors parfois brusques ou déstabilisantes : une colère soudaine, une révolte, un refus d’y croire. Vous contestez ce qui est dit, vous en voulez à la personne qui l’annonce, non parce qu’elle serait responsable du décès, mais parce qu’elle incarne cet instant même où la réalité devient impossible à éviter. Encore une fois, l’écoute et la patience de votre entourage comptent bien plus que n’importe quelle tentative d’explication. Chacun traverse ce choc à sa manière, avec son histoire et sa sensibilité propres.

Le jour des obsèques

La préparation puis le jour des obsèques lui-même confrontent directement à la réalité du décès. Ce qui semblait encore abstrait devient concret : le choix des textes et des musiques, la présence du cercueil... Voir la cérémonie se dérouler, entendre les hommages, laisser partir le corps sont autant de moments qui marquent une forme de séparation définitive et qui peuvent intensifier le sentiment de colère face à la perte.

Dans les moments du quotidien

C’est aussi dans ces instants très ordinaires que la colère peut surgir, parfois sans raison identifiable. Un geste banal, un objet anodin ou un lieu d’apparence sans grand intérêt… certaines habitudes peuvent agir comme des déclencheurs émotionnels : un vêtement retrouvé à sa place, une odeur familière, une place vide à table, une course dans une boutique... Autant d’éléments qui rendent l’absence concrète et peuvent provoquer une montée de colère ou de tristesse. Le caractère imprévisible de ces réactions rend la chose difficile à anticiper. Un rien peut suffire à rendre l’absence plus réelle.

Être accompagné dans son deuil

Rester seul avec ses émotions peut parfois aider dans les premiers temps, mais cette solitude ne doit pas s’installer dans la durée. Des professionnels sont là pour apporter une écoute bienveillante lorsque la colère, ou une autre étape du deuil, devient trop lourde à porter seul. Thérapeutes, associations, groupes de parole proposent un accompagnement adapté à chaque situation. Votre conseiller funéraire peut vous orienter vers des structures proches de chez vous.

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La gestion de la colère et de ses émotions

Si chacun réagit, certaines pistes peuvent aider à mieux vivre cette émotion au quotidien, de lui donner un espace d’expression pour qu’elle envahisse moins votre quotidien. Nous vous proposons quelques repères.

Exprimer sa colère sans culpabiliser

Mettez des mots sur ce que vous ressentez, à travers la parole, l’écriture, en tenant un journal ou en notant simplement quelques phrases spontanées. Si les mots peinent à sortir, vous pouvez aussi exprimer votre colère physiquement : marcher, courir, pratiquer un sport, crier dans un oreiller ou en pleine nature... Rien n’est interdit, tant que cela vous aide à libérer une tension jusque-là contenue. Surtout, écartez toute forme de culpabilité : votre colère ne vise personne, elle vous aide simplement à faire face au chagrin, à l’injustice et à ce sentiment d’impuissance.

Canaliser ses émotions par des rituels

Canaliser votre colère à travers de petits rituels peut aussi vous aider à retrouver un peu d’apaisement. Certains gestes simples offrent un espace pour se recentrer, sans nécessairement verbaliser.
Quelques idées :

  • le yoga ;

  • la méditation et les exercices de respiration ;

  • la lecture ;

  • l’écoute de musique douce ;

  • les gestes symboliques comme allumer une bougie, prendre un bain ou regarder des photos.

Essayez de trouver le ou les rituels qui vous aident à contenir un trop-plein émotionnel. Et construisez-les progressivement, selon votre sensibilité et vos besoins.

Accepter le temps du deuil

C’est certainement l’étape la plus délicate à franchir. La colère évolue le plus souvent par vagues : elle peut sembler s’apaiser un temps puis revenir sans prévenir. Cette phase d’acceptation du deuil ne connaît pas de durée « normale », ni de manière unique de la traverser. Certains expriment rapidement leur colère, d’autres la ressentent plus tard ou plus discrètement. Il ne faut pas comparer votre parcours à celui des autres. Faites simplement preuve de bienveillance envers vous-même, sans vous juger. Cette acceptation demande du temps, de l’énergie, et souvent quelques ajustements qui se font presque malgré vous.

La colère qui accompagne le deuil n’a rien d’anormal. Elle est une des nombreuses voix par lesquelles la douleur cherche à se dire, aux côtés de la tristesse, du déni ou encore du marchandage. La comprendre, c’est déjà commencer à l’apprivoiser : non pour la faire taire, mais pour lui laisser la place qu’elle réclame, le temps qu’il faudra. Vous autoriser à demander du soutien, à un proche, à un professionnel, n’est jamais un aveu de faiblesse. C’est souvent ce qui permet à la colère de se transformer, peu à peu, en une forme d’apaisement plus durable.

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En résumé : la colère, une étape du deuil à apprivoiser

La colère fait partie des réactions les plus fréquentes du deuil, aux côtés de la tristesse, du déni ou du marchandage. Elle naît souvent d’un sentiment d’injustice face à une perte qui semble impossible à accepter, et peut se diriger contre soi-même, contre un proche, un professionnel de santé, ou même contre le défunt.
Cette émotion se manifeste différemment selon les personnes : irritabilité, agressivité inhabituelle, réactions vives à l’annonce du décès, au jour des obsèques ou dans des moments ordinaires du quotidien où l’absence redevient soudain concrète. La colère évolue par vagues, sans durée ni calendrier prédéfinis. L’exprimer, la canaliser à travers de petits rituels et accepter le temps qu’elle demande permet, progressivement, de la traverser avec plus de sérénité. Ne pas rester seul face à elle, en se confiant à un proche ou à un professionnel, reste souvent la meilleure manière d’avancer.

Les questions fréquentes sur le deuil et la colère

Est-il normal d’être en colère après un décès ?

Oui, la colère fait partie des réactions fréquentes lors d’un deuil. Elle traduit un profond chagrin, un sentiment d’injustice ou d’impuissance face au décès d’un proche qui bouleverse les repères. Cette émotion ne doit jamais être interprétée comme un manque de respect envers le défunt. Au contraire, elle est une étape du travail de deuil.
Les signes sont : une irritabilité, une agressivité inhabituelle ou des réactions plus vives que d’ordinaire. Chacun la vit avec une intensité et une durée qui lui sont propres.

Pourquoi éprouver de la colère contre un proche décédé ?

En vouloir au défunt peut sembler contradictoire avec l’amour qu’on lui porte, et pourtant c’est une réaction fréquente. Cette colère peut naître du sentiment d’avoir été abandonné, de ne pas avoir pu dire au revoir, du reproche de ne pas s’être soigné ou de ne pas avoir demandé de l’aide à temps.
La colère traduit surtout la difficulté à accepter l’absence. Elle coexiste souvent avec la tristesse et l’affection, sans jamais remettre en cause la relation qui unissait les deux personnes.

Combien de temps dure la phase de colère dans le deuil ?

Il n’existe pas de durée précise, ni pour cette étape ni pour le deuil dans son ensemble. La colère évolue le plus souvent par vagues. Elle peut s’apaiser après quelques temps puis resurgir à l’occasion d’un événement particulier (un anniversaire, les fêtes de fin d’année…) ou d’un souvenir. Certaines personnes la ressentent intensément dès l’annonce du décès, d’autres plusieurs mois après, une fois l’état de sidération passée. Ce caractère imprévisible fait partie du processus de deuil : il n’y a pas de rythme à respecter, seulement le sien.

Comment réagir face à une personne en colère du fait d’un deuil ?

La meilleure attitude reste l’écoute, sans chercher à corriger, à minimiser ou à justifier la situation. Il est inutile de vouloir apaiser cette colère à tout prix. Les sentiments ont souvent besoin de s’exprimer avant de s’atténuer d’eux-mêmes. Mieux vaut éviter les phrases toutes faites : « il faut tourner la page », « le temps guérit tout », qui peuvent renforcer le sentiment d’incompréhension. Si la colère semble durable ou qu’elle isole la personne, il est recommandé de l’orienter vers un professionnel de l’accompagnement du deuil.