Les étapes du deuil : le marchandage
Marie
4 novembre 2026

« Et si j’avais insisté pour qu’il consulte plus tôt ? » « Et si j’avais fait autrement ? » « Et si j’avais été présent… » Après le décès d’un proche, des questions peuvent nous hanter, parfois au milieu de la nuit ou au détour d’un geste ordinaire. Elles relèvent du marchandage, une étape du deuil peu visible de l’entourage, mais présent chez les personnes endeuillées. L’esprit réécrit les événements, cherche une autre issue, une décision qui aurait changé le cours des choses.
Qu’est-ce que le marchandage exactement ? Comment en reconnaître les signes ? Comment traverser cette étape du deuil sans s’y enfermer ? C’est ce que nous allons évoquer, en donnant des repères et en essayant de mettre des mots simples pour aider à y faire face, pour apaiser peu à peu ces interrogations.
Demander un devis obsèquesUne réaction naturelle face à l’impuissance
Chaque étape du deuil est une réaction humaine, que l’on ne choisit pas. Le marchandage n’y échappe pas. Lorsqu’un décès bouleverse tout, se demander si les choses auraient pu se passer autrement n’a rien d’étonnant. À travers ces scénarios alternatifs, l’esprit cherche à retrouver un peu de maîtrise sur une situation qui ne dépend plus de personne. Ces pensées traduisent avant tout l’attachement au défunt. Accepter la réalité d’une perte demande du temps, et chacun avance à son rythme.
Qu’est-ce que le marchandage dans le deuil ?
Le marchandage désigne l’ensemble des pensées par lesquelles une personne en deuil imagine une autre issue pour tenter de retrouver prise sur la perte d’un proche. Il constitue la troisième des cinq phases décrites par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross1. Ce modèle, d’abord observé auprès de personnes en fin de vie, a ensuite été largement repris pour décrire le processus du deuil :
le déni ;
le marchandage ;
la dépression ou la tristesse ;
l’acceptation.
Ces étapes servent uniquement de repères. Une étude menée à l’université de Yale auprès de personnes endeuillées l’illustre : l’acceptation et le manque figuraient parmi les sentiments les plus fréquents, y compris dans les premiers mois, et le déni n’était pas toujours le premier d’entre eux2. Chacun vit donc son deuil à sa manière. Certaines personnes traversent les étapes dans cet ordre, dans un ordre différent ou plusieurs en même temps, d’autres ne ressentent aucune d’entre elles. Moins visible que la colère ou la tristesse, le marchandage passe souvent inaperçu, y compris aux yeux de la personne qui le vit.
Dans le deuil, la négociation dont il est question n’a rien d’une discussion réelle. C’est un processus psychologique, le plus souvent inconscient, qui naît face à l’irréversibilité de la mort. Notre esprit supporte mal l’idée que rien ne puisse changer ce qui s’est produit. Il tente alors de « réécrire l’histoire » en imaginant un autre scénario possible. Cette réaction de défense permet d’approcher la réalité par petites touches, sans avoir à la recevoir d’un seul coup.
« Et si… » : les pensées au cœur du marchandage
« Et si j’avais répondu à son appel ? » « Et si j’avais remarqué les signes ? » Ces pensées sont fréquentes après un décès. La personne endeuillée reconstruit mentalement l’histoire en modifiant un détail qui, selon elle, aurait pu changer le cours des événements. Un autre rendez-vous, un autre trajet, un message envoyé la veille… Des chercheurs et psychologues de la santé et du deuil parlent de pensées « contrefactuelles », ces « si seulement… alors… » par lesquels on imagine ce qui aurait pu changer l’issue. Ils les décrivent comme l’une des réactions les plus courantes après un décès3. Elles n’ont rien d’irrationnel, puisque chacun sait que c’est impossible. Aussi, elles ne cherchent pas vraiment à modifier le passé, mais à comprendre comment une réalité tellement douloureuse a pu se produire. Chercher une explication est une manière naturelle de donner du sens à ce qui n’en a pas toujours.
Pourquoi cette étape du marchandage dans le deuil ?
Le marchandage apparaît souvent face à un sentiment d’injustice ou d’impuissance. Lorsque la perte semble arriver trop tôt, trop vite ou sans raison, l’esprit cherche une explication, quelque chose à quoi se raccrocher. Il peut aussi retarder le moment d’accepter la réalité. Tant que l’on cherche ce qui aurait pu être fait autrement, le décès paraît moins définitif.
Ces interrogations reposent donc sur une dynamique double. D’un côté, elles nourrissent une forme de culpabilité : « j’aurais pu faire plus », « j’aurais dû être là »… Un enfant absent au moment du décès de son parent peut se faire le reproche, comme si sa présence aurait tout changé. De l’autre, elles traduisent le besoin de garder une prise sur la situation, car le deuil confronte à une absence de contrôle difficile à intégrer. Ces deux élans, souvent mêlés, créent une confusion émotionnelle qui peut surprendre.
Le marchandage n’est pas un signe de faiblesse. C’est une réponse humaine face à une expérience bouleversante. L’esprit contourne l’obstacle, explore différents angles, cherche une lecture plus supportable de ce qui s’est passé.
Des gestes et rituels pour entretenir le souvenir
Face à l’absence, certains gestes aident à garder le lien : fleurir une tombe, déposer une plaque personnalisée, entretenir la sépulture ou simplement se recueillir au cimetière. Ces attentions aident à donner une place à la personne défunte. Objets du souvenir ou service pour la sépulture peuvent se choisir en agence comme en ligne, à votre rythme. Nos conseillers sont là pour vous écouter, vous renseigner et vous accompagner dans ces rituels de l’hommage, à chaque étape du deuil.
Quels sont les signes du marchandage dans le deuil ?
Le marchandage prend rarement la forme d’un discours clair et sensé. Il s’installe sous la forme de pensées répétitives. Il se manifeste aussi par de la culpabilité, des regrets persistants et la difficulté à lâcher prise face à un décès. Certaines personnes se replient sur elles-mêmes pour ne pas partager des questions qu’elles jugent sans réponse.
Au quotidien, cela peut passer par des gestes simples : relire un dernier message en y cherchant ce que l’on aurait dû y lire, refaire en pensée le dernier trajet, ou éviter le sujet avec ses proches pour ne pas entendre qu’« il n’y avait rien à faire ».
Ces manifestations peuvent ralentir le travail de deuil. L’esprit reste tourné vers un passé qu’il tente de modifier, retardant ainsi l’acceptation de l’absence. Cela ne signifie pas que le deuil est bloqué ou anormal. Se reconnaître dans cette situation n’a rien d’inquiétant. Il s’agit d’une manière courante de faire face à une douleur intense. Des études sur les personnes en deuil ont montré que, chez une minorité d’entre elles, des « si seulement j’avais… » très présents et tournés contre soi s’associent à un deuil plus douloureux3. Lorsque ces pensées persistent depuis plusieurs mois et pèsent sur le sommeil, le travail ou les relations, en parler à un médecin ou à un psychologue devient utile. Les spécialistes parlent alors de deuil prolongé, une situation reconnue par les classifications internationales, pour laquelle des accompagnements existent4.
Comment traverser l’étape du marchandage ?
Le marchandage est le plus souvent passager, faisant partie du travail de deuil. Il participe à l’intégration progressive de la réalité et prépare la phase d’acceptation. Le temps atténue peu à peu les ressassements. Quelques conseils pour aider dans cette période :
parlez de ce que vous ressentez plutôt que de rester seul avec vos pensées ;
tournez-vous vers votre entourage, dont l’écoute bienveillante et sans jugement soulage ;
acceptez que vos émotions évoluent de façon irrégulière ;
confiez vos regrets et vos maux, à voix haute ou par la pensée, à la personne défunte ;
faites-vous accompagner par un professionnel ou une association spécialisée si la souffrance devient trop envahissante.
L’écriture occupe une place à part. Poser sur le papier un regret, une question restée sans réponse ou une lettre adressée à la personne défunte permet de sortir ces pensées de la tête. Il n’est pas nécessaire de bien écrire, ni de relire : le geste compte davantage. Certaines personnes le prolongent par une visite à la sépulture, une promenade dans un lieu familier ou par tout autre rituel ayant un sens particulier pour elles.
Accepter ne signifie pas oublier. Le deuil n’efface ni le souvenir de la personne ni l’affection portée. Au fil du temps, le lien se transforme et un nouvel équilibre se construit. L’absence reste réelle, mais elle devient plus supportable, et les souvenirs trouvent toute leur place dans la vie de chaque jour.
Derrière ces interrogations se cache souvent un lien que la mort n’a pas rompu. Ces questions disent combien la personne comptait, et combien il est difficile de lui dire adieu sans comprendre. Elles n’attendent pas toujours de réponse. Elles demandent surtout à être entendues, sans jugement et sans que l’on cherche à les faire taire trop vite. Reconnaître cette étape, l’accueillir, en parler autour de soi, c’est déjà avancer, à son rythme, vers un apaisement que personne ne peut hâter à votre place.
Résumé de l'article « Marchandage et deuil »
Après le décès d’un proche, les « et si… » surgissent souvent : et si j’avais été là, et si j’avais agi autrement ? Ces pensées forment le marchandage, une phase du deuil dans le modèle de Kübler-Ross. Elles n’ont rien d’irrationnel. Face à la perte d’un être cher, l’esprit imagine d’autres scénarios pour retrouver un peu de maîtrise, atténuer l’impuissance et comprendre ce qui s’est passé. Cette étape mêle souvent culpabilité et besoin de garder prise sur la situation. Elle se reconnaît à des pensées répétitives, à des regrets persistants et à la difficulté de lâcher prise, sans que le deuil soit pour autant bloqué. Temporaire, elle s’apaise peu à peu, par soi-même mais aussi avec l’écoute de l’entourage. Accepter ne signifie pas oublier : le lien avec la personne défunte se transforme, et le souvenir trouve sa place. Des gestes d’hommage, comme fleurir ou entretenir une sépulture, aident à entretenir ce lien. Pour certaines personnes, cette phase du deuil persiste. Il convient alors d’en parler à un médecin ou à un spécialiste.
Contacter un conseiller Roc Eclerc1 Elisabeth Kübler-Ross,« On Death and Dying », New York, Macmillan, 1969 – publié en français sous le titre « Les Derniers instants de la vie ».
2 Paul K. Maciejewski, Baohui Zhang, Susan D. Block et Holly G. Prigerson, « An empirical examination of the stage theory of grief », JAMA, 2007.
3 Maarten C. Eisma et al., « Upward and downward counterfactual thought after loss : a multiwave controlled longitudinal study », Behavior Therapy, 2021.
4 Centre national de ressources et de résilience (Cn2r), « Le trouble de deuil prolongé », dossier scientifique, novembre 2023.
Les questions sur le deuil et le marchandage
À quel stade du deuil correspond le marchandage ?
Combien de temps dure la phase de négociation et de marchandage ?
Il n’existe pas de durée précise pour le deuil comme pour les phases ou étapes. Cela peut durer quelques jours ou plusieurs semaines, puis revenir ponctuellement au fil du deuil, par exemple lors d’une date anniversaire ou d’une fête de famille.
Après un décès de cause naturelle, les émotions douloureuses diminuent en moyenne au cours des six premiers mois, mais chaque parcours reste singulier, selon la personne, les circonstances du décès et le lien avec le défunt. Si ces pensées restent très présentes malgré le temps et envahissent le quotidien, en parler à un médecin ou à un psychologue peut aider.
Qu’est-ce que l’état de choc après un décès ?
L’état de choc est une réaction psychologique fréquente à l’annonce d’un décès. On peut se sentir sidéré, comme coupé de la réalité, avoir du mal à réaliser ce qui arrive, ou ressentir un engourdissement émotionnel. Cet état protège temporairement de la violence de la nouvelle.
Il ne faut pas le confondre avec le marchandage. L’état de choc fige les émotions, tandis que le marchandage est un travail de l’esprit qui cherche à comprendre ou à revenir en arrière.
Comment aider un proche à surmonter l’étape du marchandage ?
Le plus important est d’être présent et d’écouter sans juger. Laissez la personne exprimer ses regrets et ses doutes sans les balayer d’un « tu n’y es pour rien », qui peut sembler clore le sujet.
Le mieux est de l’écouter et de lui rappeler que ces questions témoignent de son attachement. Proposer un moment ensemble, une visite au cimetière ou une discussion autour de souvenirs peut aussi l’aider. Si la souffrance devient trop envahissante et trop difficile émotionnellement pour la personne, suggérez avec délicatesse un accompagnement par un professionnel ou une structure spécialisée.
Quels sont les signes d’alerte, à surveiller après un deuil ?
Un accompagnement est recommandé si vous observez un ou plusieurs de ces signes auprès d’une personne en deuil.
Symptômes persistants : Tristesse intense, culpabilité excessive, colère ou anxiété qui ne diminuent pas après plusieurs mois.
Difficultés quotidiennes : Incapacité à reprendre une routine (travail, relations, loisirs), troubles prolongés du sommeil ou de l’appétit.
Isolement : Évitement des proches, refus de parler du défunt ou, à l’inverse, rumination obsessionnelle sur les circonstances de la mort.
Comportements à risque : Prise de substances, automutilation ou pensées suicidaires.
Somatisation : Maux physiques inexpliqués (douleurs, eczéma, fatigue extrême) liés au stress du deuil.
Un psychologue spécialisé dans le deuil peut aider à exprimer les émotions bloquées, comprendre les mécanismes de la culpabilité, et retrouver un équilibre sans nier la douleur.
Différence entre travail et processus de deuil ?
Travail et processus de deuil sont des termes souvent utilisés de manière interchangeable, pourtant ils ont des significations quelque peu différentes.
Le « processus de deuil » répond à une dynamique naturelle et individuelle ; il s'effectue au niveau inconscient. Cela fait référence à l'ensemble des réactions émotionnelles et physiques traversées à la mort d'un parent.
Le « travail de deuil » se veut être une démarche volontaire et consciente. Ce sont les efforts que la personne met en place pour faire face et traverser son deuil : prendre soin d’elle, exprimer ses sentiments…
Il est important de noter que le travail de deuil est une partie essentielle du processus de deuil.

